Réforme d’Entrée express 2026 : ce qui pourrait changer vraiment pour les candidats francophones

Le système Entrée express, pierre angulaire de l’immigration économique canadienne depuis 2015, est en voie de transformation majeure. Le 23 avril 2026, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a officiellement ouvert des consultations publiques sur une refonte profonde du système, consultations ouvertes jusqu’au 24 mai 2026.

Pour les candidats francophones — qu’ils soient en France, en Afrique du Nord, en Afrique subsaharienne ou déjà au Canada en tant que résidents temporaires — cette réforme soulève des questions urgentes et légitimes : le français sera-t-il moins valorisé ? Les portes se ferment-elles ou s’ouvrent-elles davantage ?

La réponse, comme souvent en matière de politique migratoire, est nuancée. Certains mécanismes favorables aux francophones sont revus à la baisse sur le plan des points directs au Système de classement global (SCG), mais d’autres dispositifs — plus ciblés et potentiellement plus efficaces — sont mis en avant. Voici une analyse point par point, fondée sur les documents officiels d’IRCC et les données disponibles à ce jour.


Un programme unique à la place de trois : ce que ça change

La fusion des trois programmes

Aujourd’hui, Entrée express gère trois voies distinctes :

  • le Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) — PTQ
  • la Catégorie de l’expérience canadienne — CEC
  • le Programme des travailleurs de métiers spécialisés (fédéral) — PTMS

IRCC propose de les fusionner en un seul programme fédéral pour les travailleurs hautement qualifiés, avec des critères d’admissibilité harmonisés et simplifiés.

Les nouvelles exigences minimales unifiées

CritèreNouvelle exigence proposée
ScolaritéDiplôme d’études secondaires canadien ou équivalent étranger
Langue officielleNCLC/CLB 6 dans les quatre aptitudes (lecture, écriture, expression orale, compréhension)
Expérience de travail1 an d’expérience qualifiée (FEER 0-3) au Canada ou ailleurs, acquise dans les 3 dernières années

Impact pour les francophones

Cette fusion est globalement neutre à favorable pour les candidats francophones. L’exigence linguistique minimale est fixée à CLB/NCLC 6 — un seuil intermédiaire qui correspond à la moyenne des trois programmes actuels. Un candidat maîtrisant le français à ce niveau reste pleinement admissible au bassin, sans distinction de langue officielle.

En revanche, les candidats qui relevaient auparavant du PTMS (Programme des travailleurs de métiers spécialisés) avec des exigences linguistiques plus basses (CLB 4 à l’écrit) devront désormais atteindre le CLB 6 dans toutes les aptitudes. Pour certains travailleurs francophones dans les métiers spécialisés, cette hausse du seuil linguistique constitue un effort supplémentaire mais atteignable.


Les points bonis pour le français supprimés : alerte ou faux débat ?

C’est la mesure qui suscite le plus de réactions dans la communauté francophone. IRCC envisage de supprimer les points supplémentaires pour la maîtrise du français dans le Système de classement global, soit jusqu’à 50 points actuels (25 pour le français seul, 50 pour le français combiné à l’anglais).

Pourquoi IRCC veut supprimer ces points

La justification officielle est claire : depuis l’introduction de la sélection axée sur les ensembles (category-based selection) en 2023, il existe un mécanisme plus direct et plus efficace pour attirer les candidats francophones. Les rondes dédiées aux compétences en français permettent d’inviter des milliers de francophones avec des seuils SCG beaucoup plus bas que les rondes générales.

En février 2026, par exemple, IRCC a émis des invitations dans la catégorie francophone avec un score minimal de 400 points, contre plus de 500 pour les rondes générales CEC. Cette différence de 100 points représente un avantage structurel considérable.

Ce que dit IRCC

Le document de travail officiel est explicite : les points supplémentaires pour les compétences en français ont été introduits en 2017 et augmentés en 2020 pour favoriser la sélection francophone. Mais ils ne garantissaient pas un quota de francophones invités — ils amélioraient simplement les chances individuelles dans des rondes générales. La sélection axée sur les ensembles offre désormais « un moyen plus efficace de sélectionner des travailleurs qualifiés francophones » pour soutenir les communautés francophones en situation minoritaire.

Ce que ça signifie concrètement

Pour un candidat francophone qui dépendait de ces points supplémentaires pour atteindre le seuil d’invitation dans une ronde générale, la suppression est une perte nette sur le papier. Mais si IRCC maintient et développe les rondes francophones dédiées, l’impact réel est limité : le candidat sera invité dans une ronde ciblée à score plus bas plutôt que dans une ronde générale avec des points bonis.

Le risque réel : si les rondes francophones devenaient moins fréquentes ou étaient réduites, la suppression des points bonis pourrait alors être réellement préjudiciable. D’où l’importance de surveiller les instructions ministérielles de près.


La sélection axée sur les ensembles : le nouveau moteur francophone

Introduite en 2023, la sélection axée sur les ensembles (ou category-based selection) est aujourd’hui la principale voie d’accès pour les candidats francophones à Entrée express. Elle permet à IRCC de cibler des profils précis — secteur, langue, expérience — indépendamment du score SCG global.

Les rondes francophones en chiffres

En 2026, les données disponibles montrent que les rondes dédiées aux candidats francophones fonctionnent à plein régime :

  • Score minimal en février 2026 : environ 400 points SCG pour les rondes francophones
  • Volume d’invitations : 8 500 francophones invités dans une seule ronde en début d’année 2026
  • Condition d’accès : NCLC 7 dans les quatre aptitudes en français, plus les critères d’admissibilité standard

L’objectif gouvernemental : 9 % et au-delà

Le Plan des niveaux d’immigration 2026–2028 fixe des cibles claires pour l’immigration francophone hors Québec :

  • 2026 : 9 % des admissions économiques
  • 2028 : 10,5 %
  • 2029 : objectif à long terme de 12 %

Pour atteindre ces cibles ambitieuses, IRCC a annoncé en février 2026, par la voix de la ministre Lena Metlege Diab, que les tirages francophones se poursuivront en 2026. La catégorie « compétences en français » demeure parmi les priorités de sélection.


Le nouveau facteur « professions à salaire élevé » : avantage ou piège pour les francophones ?

La proposition

IRCC introduit un nouveau facteur de points lié à l’expérience de travail ou à une offre d’emploi dans des professions dont le salaire médian dépasse celui de la moyenne nationale canadienne.

Trois seuils sont envisagés :

SeuilExemples de professions
2× le salaire médian nationalMédecins, professeurs d’université
1,5× le salaire médian nationalIngénieurs, enseignants, gestionnaires des transports
1,3× le salaire médian nationalAnalystes financiers, briqueteurs-maçons, opérateurs d’équipement lourd

Le salaire médian national canadien tourne autour de 57 000 $ par an en 2026, ce qui place le seuil à 1,3× aux environs de 74 000 $.

La restauration des points pour offre d’emploi — mais ciblée

En mars 2025, les points pour les offres d’emploi avaient été temporairement supprimés en raison de risques de fraude. Cette réforme les restaure, mais uniquement pour les offres dans des professions à salaire élevé, là où les qualifications requises rendent la vérification plus fiable.

Impact pour les candidats francophones

Ce nouveau facteur présente une opportunité réelle pour les candidats francophones dans certains secteurs :

  • Les professionnels de la santé (médecins, infirmiers spécialisés), très recherchés dans les communautés francophones de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick ou du Manitoba, bénéficieraient de ce bonus
  • Les ingénieurs et chercheurs bilingues ou francophones travaillant en Ontario ou dans l’Ouest canadien seraient également avantagés

En revanche, les travailleurs francophones dans des secteurs à salaires médians ou bas — restauration, agriculture, aide à domicile — ne bénéficieraient pas de ce nouveau facteur.


Les objectifs d’admission francophone : une ambition en hausse

Au-delà du SCG et des points individuels, le gouvernement fédéral maintient un engagement politique fort en faveur de la francophonie hors Québec. Plusieurs mesures complémentaires sont en cours :

  • Nouvelles voies TR vers RP spécifiquement pour les francophones, en cours d’exploration
  • Maintien des rondes dédiées aux compétences en français dans les instructions ministérielles 2026
  • Objectif de rétention : au moins 82 % des immigrants francophones doivent demeurer hors Québec après trois ans

Ces engagements constituent une protection politique significative contre un éventuel recul des avantages francophones dans le système, même si les points bonis directs au SCG sont supprimés.


Ce qui disparaît du SCG : conjoint, fratrie, études au Canada

Au-delà des points pour le français, IRCC envisage de supprimer ou modifier plusieurs autres éléments du SCG actuel, avec des conséquences potentielles pour des profils francophones spécifiques.

La grille du conjoint

Le SCG actuel accorde jusqu’à 40 points pour les attributs du conjoint (scolarité, compétences linguistiques, expérience de travail au Canada). IRCC envisage de supprimer ou modifier cette grille, au motif qu’elle est un indicateur relativement peu fiable des résultats économiques du demandeur principal — et qu’elle a parfois créé des inégalités selon les structures familiales.

Impact pour les familles francophones : Les familles où les deux conjoints sont qualifiés pourraient perdre jusqu’à 40 points de classement. À l’inverse, ceux qui déclaraient ne pas être accompagnés pour maximiser leur score (une stratégie connue) n’auraient plus besoin de ce compromis.

La fratrie au Canada

Les 15 points accordés aux candidats ayant un frère ou une sœur établi au Canada sont jugés peu prédictifs des résultats économiques et pourraient être supprimés. Pour les candidats francophones ayant de la famille en Ontario ou dans les provinces atlantiques, cette suppression représente une perte modeste mais réelle.

Les études au Canada

Jusqu’à 30 points supplémentaires sont actuellement attribués pour des études postsecondaires réalisées au Canada. IRCC envisage de les supprimer ou de les restreindre aux seuls diplômes universitaires (baccalauréat et plus), excluant les diplômes collégiaux de 1 à 2 ans.

Or, parmi les bénéficiaires de ces points entre 2023 et 2025, 76 % détenaient un diplôme collégial de 1 à 2 ans. Cette restriction toucherait donc directement de nombreux candidats francophones passés par les collèges francophones du Canada — comme La Cité à Ottawa ou le Collège Boréal en Ontario.


Calendrier et prochaines étapes

ÉtapeDate
Ouverture des consultations publiques23 avril 2026
Clôture du sondage public24 mai 2026
Publication dans la Gazette du CanadaÀ déterminer (2026)
Consultations sur les catégories (ensembles) 2026Plus tard en 2026
Entrée en vigueur des nouvelles règlesÀ confirmer après publication réglementaire

Les changements apportés aux programmes seront publiés dans la Gazette du Canada avant leur entrée en vigueur. Il est donc encore possible de participer aux consultations et d’influencer le résultat final — IRCC sollicite explicitement les commentaires du public via son sondage en ligne.


Synthèse : gagnants et perdants parmi les francophones

Les profils qui sortent gagnants ou neutres

Le travailleur qualifié francophone dans une profession à salaire élevé (médecin, ingénieur, enseignant) : il bénéficie du nouveau facteur « professions à salaire élevé » et reste éligible aux rondes francophones dédiées.

Le candidat francophone avec un NCLC 7 ou plus : il demeure pleinement admissible aux rondes catégorielles francophones, avec des seuils SCG inférieurs aux rondes générales.

Le candidat célibataire ou sans conjoint qualifié : la suppression de la grille du conjoint ne lui coûte rien, et pourrait même réduire les inégalités structurelles du système actuel.

Le travailleur dans un métier spécialisé francophone (avec Sceau rouge) : le nouveau système reconnaît mieux les certifications officielles de métiers, et les travailleurs de métiers francophones au Nouveau-Brunswick ou en Ontario pourraient en bénéficier.

Les profils qui font face à des défis nouveaux

⚠️ Le francophone dans un secteur à faible salaire : sans le bonus pour le français et sans accès au facteur « professions à salaire élevé », son seul levier reste les rondes francophones dédiées. L’enjeu est que ces rondes soient maintenues à volume suffisant.

⚠️ L’étudiant international francophone passé par un collège canadien : si les points pour études au Canada sont limités aux diplômes universitaires, ceux qui ont complété un DEP ou un DEC en deux ans perdent un avantage important.

⚠️ Le couple francophone où les deux conjoints ont un profil qualifié : la suppression de la grille du conjoint peut réduire le score global du demandeur principal de jusqu’à 40 points.

⚠️ Le francophone avec NCLC 6 : admissible comme programme, mais exclu des rondes catégorielles francophones (qui exigent NCLC 7). Doit compter sur des rondes générales ou une nomination provinciale.


FAQ

Le français va-t-il vraiment devenir moins avantageux dans Entrée express ? La suppression des points bonis SCG pour le français est compensée par les rondes catégorielles francophones, qui sont maintenues et renforcées. L’avantage change de forme : moins de points automatiques, mais des rondes dédiées avec des seuils plus accessibles.

Ces changements sont-ils définitifs ? Non. Il s’agit de propositions soumises à consultation publique jusqu’au 24 mai 2026. Les règles finales seront publiées dans la Gazette du Canada.

Que faire si je suis francophone et que mon score SCG est entre 400 et 470 ? Vérifier votre admissibilité aux rondes francophones (NCLC 7 requis). Si votre résultat de français est inférieur à NCLC 7, investir dans une formation linguistique ciblée peut être la décision la plus stratégique de votre parcours migratoire.

Les provinces francophones (Nouveau-Brunswick, Manitoba, Ontario) auront-elles un rôle ? Oui. Les désignations provinciales (PNP) conservent leurs 600 points dans le SCG et constituent toujours un levier décisif. Les provinces comme le Nouveau-Brunswick ciblent activement les profils francophones dans leurs streams dédiés.

Puis-je encore soumettre des commentaires à IRCC ? Oui, jusqu’au 24 mai 2026 via le sondage en ligne d’IRCC. Les organisations et particuliers sont invités à partager leurs points de vue.


Sources : IRCC — Consultations sur les réformes possibles d’Entrée express en 2026 (23 avril 2026) ; Document de discussion IRCC sur les réformes des programmes fédéraux et du SCG ; Plan ministériel IRCC 2026-2027 ; Plan des niveaux d’immigration 2026-2028 ; Annonce de la ministre Diab du 18 février 2026.


Vous êtes un candidat francophone à Entrée express ? Partagez cet article et consultez un conseiller réglementé en immigration canadienne (CRIC) pour évaluer l’impact de ces changements sur votre profil personnel.

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