Demande d’asile et Entrée express au Canada : ce que vous devez savoir

Vous avez déposé une demande d’asile au Canada et vous vous demandez si vous pouvez simultanément — ou ensuite — utiliser le système Entrée express pour obtenir la résidence permanente ? Cette question revient fréquemment, et la réponse dépend précisément de votre situation : demande en cours, acceptée ou rejetée. Voici une analyse complète, à jour, pour vous aider à y voir clair.


Qu’est-ce qu’Entrée express ?

Entrée express est le système en ligne qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) utilise pour gérer les demandes de résidence permanente dans le cadre de trois programmes fédéraux :

  • Programme des travailleurs qualifiés fédéraux (PTQF) — pour les travailleurs ayant une expérience étrangère ou canadienne qualifiée
  • Programme des travailleurs de métiers spécialisés fédéraux (PTMSF) — pour les gens de métier qualifiés
  • Catégorie de l’expérience canadienne (CEC) — pour les travailleurs ayant une expérience de travail canadienne récente

Le système classe les candidats selon un score du Système de classement global (SCG) allant jusqu’à 1 200 points, en tenant compte de l’âge, de la formation, des compétences linguistiques et de l’expérience professionnelle.


Réponse directe : un demandeur d’asile peut-il utiliser Entrée express ?

La réponse varie selon l’état de votre dossier d’asile.

1. Demande d’asile en cours : vous êtes exclu d’Entrée express

Non, vous ne pouvez pas rejoindre le bassin Entrée express tant que votre demande d’asile est en instance au Canada.

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La règle est claire : les demandeurs d’asile présents au Canada ne sont pas admissibles aux programmes gérés par Entrée express. Plus précisément, le permis de travail ouvert qui peut vous être accordé pendant l’attente de la décision sur votre demande d’asile ne vous confère pas le statut de résident temporaire requis pour présenter une demande au titre d’Entrée express.

Autrement dit, même si vous travaillez légalement au Canada grâce à un permis de travail ouvert lié à votre demande d’asile, ce statut n’est pas équivalent à celui d’un travailleur temporaire ordinaire (détenteur d’un permis de travail classique). Vous ne remplissez donc pas les conditions minimales pour créer un profil Entrée express valide.

Fondement juridique. Cette exclusion découle de la logique de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR), L.C. 2001, ch. 27. En vertu de l’alinéa 20(1)a) et de l’article 41 de la LIPR, l’étranger qui cherche à s’établir de façon permanente doit détenir un visa de résident permanent valide ; la grande majorité des demandeurs d’asile présents au Canada sont, à ce titre, considérés comme interdits de territoire pour ce motif tant qu’ils n’ont pas régularisé leur statut. Par ailleurs, le permis de travail délivré au demandeur d’asile dont la demande a été déférée à la Section de la protection des réfugiés (SPR) ne confère pas le statut de résident temporaire au sens de l’alinéa 124b) du Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (RIPR), DORS/2002-227. Cette absence de statut temporaire valide empêche la constitution d’un profil Entrée express recevable.

Pour mieux comprendre les conditions générales d’admissibilité, consultez notre guide complet sur l’admissibilité à Entrée express ainsi que notre article sur le calcul du score SCG (Système de classement global).

2. Demande d’asile acceptée : une voie distincte vers la résidence permanente

Si la Section de la protection des réfugiés (SPR) de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) accepte votre demande, vous obtenez le statut de personne protégée. Ce statut vous donne le droit de demander la résidence permanente — mais pas par Entrée express.

La voie qui vous est réservée est une demande de résidence permanente spécifique aux réfugiés, par le biais du formulaire IMM 5205 (Demande de résidence permanente au Canada — Personnes protégées et réfugiés au sens de la Convention). Vous pouvez y inclure les membres de votre famille immédiate, qu’ils soient au Canada ou à l’étranger.

En 2026 et 2027, IRCC traite jusqu’à 115 000 demandes supplémentaires de résidence permanente de personnes protégées au Canada (hors Québec), dans le cadre d’une initiative exceptionnelle. Les résidents du Québec doivent en plus obtenir un Certificat de sélection du Québec (CSQ) auprès du MIFI.

À noter : le gouvernement peut contester une décision positive de la SPR dans un délai de 15 jours. Si cela se produit, vous devez suspendre votre demande de résidence permanente jusqu’à l’issue de cet appel.

Fondement juridique. Le statut de personne protégée est défini au paragraphe 95(2) de la LIPR : « Est appelée personne protégée la personne à qui l’asile est conféré et dont la demande n’est pas ensuite réputée rejetée. » Le paragraphe 99(4) de la LIPR précise quant à lui que « la demande de résidence permanente faite au Canada par une personne protégée est régie par la partie 1 » de la Loi. L’alinéa 21(2) de la LIPR confirme que la personne protégée devient résident permanent si elle en fait la demande et n’est pas, par ailleurs, interdite de territoire. Sur le plan réglementaire, l’alinéa 12.1j) du RIPR vise expressément « la demande de séjour au Canada à titre de résident permanent faite au Canada par une personne protégée au sens du paragraphe 95(2) de la Loi ». C’est cette voie — et non Entrée express — qui s’applique aux personnes reconnues réfugiées ou à protéger. Les motifs de protection eux-mêmes sont énoncés à l’article 96 (réfugié au sens de la Convention) et au paragraphe 97(1) de la LIPR (personne à protéger : risque de torture, menace à la vie ou risque de traitements ou peines cruels et inusités).

Pour aller plus loin, lisez notre dossier sur la résidence permanente pour les personnes protégées et notre guide sur le statut de réfugié au Canada.

3. Demande d’asile rejetée, abandonnée ou retirée : vous devez quitter le Canada d’abord

Si votre demande est rejetée par la CISR (et confirmée après épuisement des recours), vous devez quitter le Canada avant de pouvoir tenter de présenter une demande via Entrée express depuis l’étranger. Cette exigence est explicitement posée par le gouvernement fédéral.

Cela signifie qu’une fois renvoyé ou parti volontairement, vous pourriez — si vous remplissez les critères — tenter de constituer un profil Entrée express depuis votre pays d’origine ou un pays tiers, pour immigrer au Canada par voie économique.

Fondement juridique et lignes directrices. Le rejet d’une demande d’asile par la SPR entraîne, en vertu du paragraphe 49(2) de la LIPR, la prise d’effet d’une mesure de renvoi conditionnelle. Les instructions et lignes directrices de plusieurs programmes confirment expressément la règle du départ préalable : les demandeurs d’asile dont la demande a été rejetée, abandonnée ou retirée doivent quitter le Canada avant de présenter une demande d’immigration économique. Avant tout départ, gardez à l’esprit que l’attestation officielle de la fiche du Centre d’aide d’IRCC indique qu’un refus n’empêche généralement pas de présenter une nouvelle demande, sauf mention contraire dans la lettre de décision. Attention également : si votre demande a été jugée irrecevable sous le régime des nouvelles dispositions, vous pourriez avoir droit à un Examen des risques avant renvoi (ERAR), encadré par l’article 112 et le paragraphe 113 de la LIPR, dont une décision positive ouvre elle aussi droit à la résidence permanente comme personne protégée.

Si votre demande a été refusée, notre article sur les recours après un refus de demande d’asile détaille vos options, tout comme notre guide sur l’examen des risques avant renvoi (ERAR).


Pourquoi ces deux voies sont-elles séparées ?

Le système d’asile et Entrée express répondent à des logiques juridiques et humanitaires distinctes :

  • L’asile est une protection internationale accordée à des personnes persécutées. Elle est encadrée par la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et par la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR).
  • Entrée express est un programme de sélection économique, fondé sur des compétences professionnelles, linguistiques et éducatives.

Le législateur a clairement voulu éviter que le système d’asile soit utilisé comme voie détournée vers la résidence permanente économique. Toute demande d’asile en instance bloque donc l’accès aux voies économiques, y compris Entrée express et les programmes des candidats des provinces (PCP).

Fondement juridique. La protection des réfugiés au Canada repose sur des engagements internationaux intégrés au droit interne : la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et son Protocole de 1967, ainsi que la Convention contre la torture. L’alinéa 3(2)b) de la LIPR énonce d’ailleurs que l’un des objets de la Loi en matière de réfugiés est « de remplir les obligations en droit international du Canada relatives aux réfugiés et aux personnes déplacées ». À l’inverse, l’alinéa 3(1)a) consacre les objectifs économiques de l’immigration. Cette dualité d’objectifs, inscrite dès l’article 3 de la LIPR, explique l’étanchéité entre les deux régimes. Concernant les programmes provinciaux, plusieurs lignes directrices provinciales reprennent la même restriction : un candidat doit démontrer un statut temporaire valide pour présenter une demande à l’intérieur du Canada, ce que le permis lié à une demande d’asile ne procure pas.

Découvrez comment fonctionnent ces autres voies dans notre présentation des programmes des candidats des provinces (PCP) et notre comparatif entre Entrée express et les programmes provinciaux.


Les nouvelles règles de la loi C-12 (en vigueur depuis mars 2026)

La Loi C-12, adoptée le 26 mars 2026, a modifié de manière importante les règles d’admissibilité aux demandes d’asile, avec deux nouvelles causes d’irrecevabilité :

  • La règle « un an » : les personnes entrées au Canada après le 24 juin 2020 et n’ayant pas déposé leur demande d’asile dans l’année suivant leur entrée se voient refuser l’accès à la CISR. Cela vise à décourager l’utilisation tardive de la procédure d’asile.
  • La règle « 14 jours » : les personnes entrées irrégulièrement depuis les États-Unis et ayant déposé une demande d’asile plus de 14 jours après leur entrée sont également irrecevables.

Ces personnes peuvent toutefois accéder à une Évaluation des risques avant renvoi (ERAR), une procédure distincte permettant d’évaluer si elles courraient un risque personnel en cas de renvoi. L’ERAR offre cependant moins de garanties procédurales qu’une audience devant la CISR.

Ces nouvelles règles renforcent encore davantage la séparation entre le système d’asile et les voies d’immigration économique.

Fondement juridique. La Loi C-12 (Loi visant à renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada), sanctionnée le 26 mars 2026, modifie notamment l’article 101 de la LIPR, qui énumère les cas où une demande d’asile est irrecevable et ne peut être déférée à la SPR. L’accès à l’ERAR pour les personnes nouvellement déclarées irrecevables s’appuie sur les articles 112 et suivants de la LIPR ; conformément au paragraphe 114(1), une décision favorable d’ERAR a, sauf exception, l’effet d’une décision de la SPR accordant l’asile et permet donc de demander la résidence permanente comme personne protégée. Notez toutefois que les ressortissants de pays visés par un sursis administratif aux renvois (moratoire) peuvent être privés de l’accès à l’ERAR.

Pour suivre l’évolution de ces règles, consultez notre page d’actualités sur l’immigration et l’asile au Canada et notre dossier détaillé sur la loi C-12 et la réforme du système d’asile.


Puis-je déposer une demande humanitaire en parallèle de ma demande d’asile ?

Non. La LIPR interdit de déposer une demande pour considérations d’ordre humanitaire (CH) tant qu’une demande d’asile est en instance devant la SPR ou la Section d’appel des réfugiés (SAR). Pour présenter une demande CH, vous devez retirer votre demande d’asile avant votre audience.

Fondement juridique. Le pouvoir discrétionnaire d’accorder la résidence permanente pour motifs d’ordre humanitaire découle du paragraphe 25(1) de la LIPR. Toutefois, l’alinéa 25(1.2)b) de la LIPR prévoit que le ministre ne peut étudier une demande CH présentée par un étranger dont la demande d’asile est en instance devant la SPR ou la SAR. Selon les directives d’IRCC, il faut donc retirer sa demande d’asile avant l’audience pour pouvoir être examiné sous l’angle humanitaire. Les facteurs pertinents (établissement au Canada, intérêt supérieur de l’enfant directement touché, conditions dans le pays de renvoi) doivent être appréciés globalement par l’agent, conformément aux lignes directrices ministérielles.

Notre guide sur la demande pour considérations humanitaires (CH) explique en détail les critères et la procédure.


Récapitulatif des situations

Quatre cas de figure se dégagent. Si votre demande d’asile est en cours (en attente d’une décision), Entrée express n’est pas possible : vous devez attendre la décision de la CISR. Si votre demande d’asile a été acceptée et que vous êtes désormais une personne protégée, Entrée express n’est pas davantage la voie applicable ; vous accédez à la résidence permanente par la demande dédiée aux réfugiés (formulaire IMM 5205). Si votre demande d’asile a été rejetée et que tous vos recours sont épuisés, Entrée express devient envisageable, mais uniquement depuis l’étranger : vous devez d’abord quitter le Canada avant de constituer un profil. Enfin, si votre demande d’asile a été retirée ou abandonnée, la situation est la même que pour un rejet : un départ du Canada est requis avant toute candidature Entrée express.


Conseils pratiques

  • Consultez un avocat ou un consultant réglementé en immigration canadienne (CRIC) avant de prendre toute décision. Les conséquences d’une erreur (retrait intempestif d’une demande d’asile, fausse déclaration dans un profil Entrée express) peuvent être graves et durables.
  • Ne retirez pas votre demande d’asile uniquement dans l’espoir de déposer une demande Entrée express, sans avoir d’abord évalué vos chances réelles d’admissibilité à ce programme.
  • Si votre demande est acceptée, agissez rapidement pour déposer votre demande de résidence permanente, notamment pour ne pas dépasser les délais prescrits pour inclure vos membres de famille. Le « délai prescrit d’un an » (la fenêtre d’un an) prévu à l’article 141 du RIPR permet, sous conditions, de réunir le conjoint et les enfants à charge nommés dans la demande de résidence permanente de la personne protégée ; il importe donc de déclarer tous les membres de la famille immédiate, faute de quoi l’alinéa 117(9)d) du RIPR peut ultérieurement exclure un membre non déclaré ou non examiné.
  • Si votre demande est rejetée, explorez tous les recours disponibles (appel à la SAR, contrôle judiciaire à la Cour fédérale, ERAR) avant d’envisager un départ volontaire.

Conclusion

Un demandeur d’asile dont le dossier est en cours ne peut pas utiliser Entrée express, quelle que soit la solidité de son profil économique. Les deux systèmes sont étanches l’un à l’autre. Si votre demande est acceptée, vous accédez à la résidence permanente par une voie dédiée aux réfugiés. Si elle est rejetée et que vous avez épuisé vos recours, vous devrez quitter le Canada avant de pouvoir envisager une candidature Entrée express depuis l’étranger.

Face à la complexité croissante du droit de l’immigration canadien — renforcée par les modifications de la loi C-12 en 2026 — l’accompagnement d’un professionnel accrédité reste fortement recommandé.


Références juridiques et textes officiels

Lois et règlements

  • Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR), L.C. 2001, ch. 27 — notamment l’article 3 (objet de la Loi), l’alinéa 20(1)a) (obligation de détenir un visa de résident permanent), le paragraphe 21(2) (résidence permanente des personnes protégées), le paragraphe 25(1) et l’alinéa 25(1.2)b) (motifs d’ordre humanitaire et restriction en cas de demande d’asile pendante), le paragraphe 49(2) (mesure de renvoi conditionnelle), les articles 95 à 97 (asile, personne protégée et motifs de protection), le paragraphe 99(4) (résidence permanente des personnes protégées), l’article 101 (irrecevabilité, modifié par la Loi C-12) et les articles 112 à 114 (examen des risques avant renvoi).
  • Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés (RIPR), DORS/2002-227 — notamment l’alinéa 12.1j) (demande de résidence permanente d’une personne protégée), l’alinéa 117(9)d) (membres de la famille non examinés), l’alinéa 124b) (statut de résident temporaire requis dans la catégorie au Canada) et l’article 141 (délai prescrit d’un an pour la réunification familiale).
  • Loi C-12, Loi visant à renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada (sanctionnée le 26 mars 2026).

Conventions internationales

  • Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et son Protocole de 1967.
  • Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Instructions, lignes directrices et publications officielles

  • IRCC — Guide IMM 5205, Demande de résidence permanente au Canada — Personnes protégées et réfugiés au sens de la Convention.
  • IRCC — Fiche d’information sur les demandes d’asile jugées irrecevables.
  • IRCC — Critères d’admissibilité à Entrée express (Qui peut présenter une demande).
  • CISR — Chapitre 14 du guide Définition de réfugié (personnes à protéger, paragraphe 97(1) de la LIPR).
  • Bibliothèque du Parlement — étude La protection des réfugiés au Canada (publication 2020-50-F).

Les renvois ci-dessus sont fournis à titre indicatif. En cas de divergence, le texte officiel des lois et règlements, tel que publié, prévaut toujours sur tout résumé ou paraphrase.


Cet article est rédigé à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis juridique. Pour toute situation personnelle, Contactez-nous pour une évaluation personnalisée de votre dossier.

Albert Nobisse — Consultant réglementé en immigration canadienne
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Albert Nobisse
Consultant réglementé en immigration et en citoyenneté canadiennes (CRIC) · Membre du CCIC
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