Projet de loi 26 en Alberta : vers un meilleur encadrement du système d’immigration

Le gouvernement de l’Alberta a présenté le 1er avril 2026 le projet de loi 26, intitulé Immigration Oversight Act*. S’il est adopté, ce texte permettra à la province d’avoir un contrôle accru sur les acteurs de l’immigration, notamment les employeurs, les recruteurs de travailleurs étrangers temporaires et les consultants en immigration. L’objectif global est clair : protéger les nouveaux arrivants contre les abus et renforcer l’intégrité du système d’immigration.
Les enjeux d’un meilleur encadrement
Actuellement, l’Alberta ne dispose pas d’une autorité provinciale pleinement compétente pour sanctionner les comportements fautifs dans le milieu de l’immigration. Certains travailleurs étrangers font face à des situations d’exploitation, à des offres d’emploi fictives ou à des frais illégaux exigés par des recruteurs peu scrupuleux. Le projet de loi 26 répond à ce manque en créant des mécanismes de régulation et de transparence.
Les principaux changements prévus par le projet de loi 26
Le texte prévoit plusieurs mesures concrètes pour instaurer un système plus transparent et équitable.
1. Création d’un registre des employeurs
Les employeurs souhaitant recruter des travailleurs étrangers temporaires devront désormais s’inscrire auprès de la province avant d’avoir accès aux programmes fédéraux, tels que l’Évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT).
Ce registre permettra au gouvernement de mieux suivre les entreprises qui recrutent à l’étranger et de s’assurer qu’elles respectent les normes d’éthique et de droit du travail.
2. Instauration d’un système de licences
Le projet de loi 26 introduira une nouvelle exigence de licence pour les consultants en immigration et les recruteurs de travailleurs étrangers. Seules les personnes ou organisations titulaires d’un permis délivré par la province pourront exercer ces activités.
Cette mesure vise à mieux encadrer la profession et à sanctionner les acteurs qui abusent de leur position, notamment ceux qui réclament des frais illégaux ou qui fournissent de fausses informations.
3. Définition des pratiques interdites
Afin de protéger les travailleurs étrangers, le texte définit clairement les activités illégales ou contraires à l’éthique, telles que :
- Les offres d’emploi frauduleuses ou trompeuses.
- La vente ou l’achat de postes de travail.
- La perception de frais non autorisés pour une offre d’emploi.
- Toute activité abusive exploitant la peur, le manque d’information ou la précarité d’un travailleur étranger.
Ces interdictions permettront d’établir une meilleure protection pour les candidats vulnérables, souvent peu familiers avec la législation canadienne.
4. Pouvoirs d’enquête et sanctions renforcées
Le projet de loi 26 accorde aux autorités provinciales de nouveaux pouvoirs d’enquête et de contrôle.
En cas de contravention, plusieurs types de pénalités pourront être appliquées :
- Amendes administratives et sanctions financières.
- Suspension ou retrait de licence.
- Interdiction de recruter ou d’embaucher temporairement.
- Et, dans les cas les plus graves, peines d’emprisonnement prononcées par les tribunaux.
Cette approche graduée permettra de sanctionner efficacement les fraudes sans paralyser le secteur.
5. Mise en place d’un système de plaintes
Le projet de loi introduira également un processus de plaintes formel.
Les travailleurs, employeurs ou toute personne concernée pourront signaler une violation présumée de la loi.
Une procédure de révision et d’appel sera disponible pour garantir l’équité des décisions administratives.
Objectifs : transparence, confiance et protection
L’initiative du gouvernement albertain s’inscrit dans une logique de protection du public et de préservation de la réputation du système d’immigration.
En renforçant la surveillance provinciale, l’Alberta souhaite :
- Garantir des pratiques équitables entre tous les acteurs du secteur.
- Rassurer les travailleurs étrangers temporaires quant à la légitimité des employeurs et recruteurs.
- Créer un climat de confiance entre les candidats étrangers et les institutions.
Cette réforme est aussi un moyen de mieux collaborer avec le gouvernement fédéral, qui gère les programmes comme Entrée Express ou le Programme des travailleurs étrangers temporaires.
Exemple concret : un meilleur suivi des employeurs
Prenons l’exemple d’une entreprise albertainede construction souhaitant embaucher dix travailleurs étrangers.
Avant de présenter une demande d’EIMT au fédéral, elle devra d’abord s’enregistrer auprès du registre provincial et démontrer qu’elle respecte les obligations prévues par la loi 26.
Ce nouveau processus offre un double niveau de contrôle : d’abord par la province, puis par le gouvernement fédéral. Le résultat attendu est une meilleure prévention des abus dès la phase de recrutement.
Prochaines étapes de la mise en œuvre
Si le projet de loi 26 est adopté par l’Assemblée législative de l’Alberta, il entrera en vigueur après sa promulgation officielle.
Les détails concernant :
- le registre des employeurs,
- le régime de licences,
- et le barème des pénalités
seront ensuite définis par règlement.
Le ministère responsable, Jobs, Economy, Trade and Immigration, travaillera à préciser les modalités pratiques afin de permettre aux employeurs et consultants d’adapter leurs pratiques sans rupture d’activité.
Un pas vers un système d’immigration plus éthique
En somme, le projet de loi 26 de l’Alberta représente une évolution majeure pour la gouvernance de l’immigration provinciale. En s’attaquant directement aux pratiques abusives, cette réforme vise à protéger les travailleurs étrangers, valoriser les employeurs responsables et renforcer la confiance dans le système canadien d’immigration.
Cette initiative pourrait inspirer d’autres provinces à mettre en place leurs propres mécanismes de supervision, favorisant ainsi une harmonisation nationale des pratiques éthiques en matière d’immigration économique.







