Regroupement familial : le Québec rouvre ses portes

Après près d’un an de gel, le Québec s’apprête à rouvrir la réception des demandes d’engagement dans le cadre du regroupement familial. Dès le 2 juillet 2026, les personnes garantes pourront de nouveau soumettre une demande pour parrainer un conjoint, un parent ou un autre proche — mais dans un cadre beaucoup plus encadré qu’auparavant.

Un an de gel, des milliers de dossiers en attente

Pour comprendre cette réouverture, il faut revenir à juin 2024. Le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) avait alors instauré un plafond de 13 000 demandes d’engagement pour la période du 26 juin 2024 au 25 juin 2026, selon le principe du « premier arrivé, premier servi ». Ce plafond a toutefois été atteint dès juillet 2025, soit un an seulement après son entrée en vigueur, forçant Québec à cesser de recevoir de nouvelles demandes jusqu’à l’échéance prévue.

Ce gel a créé un embouteillage important. Selon les données du MIFI, environ 12 200 personnes avaient déjà franchi la première étape du processus auprès d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) et attendaient une nouvelle période de réception au Québec, en date du 31 mars 2026. Plus largement, environ 42 000 personnes destinées au Québec avaient une demande de résidence permanente en traitement ou en attente d’admission dans la catégorie du regroupement familial.

Ce que prévoit la réouverture du 2 juillet 2026

Le 18 juin 2026, le ministre de l’Immigration, François Bonnardel, a annoncé les nouvelles règles, officialisées par un arrêté ministériel publié le 23 juin dans la Gazette officielle du Québec. Les grandes lignes :

  • Nouvelle période : du 2 juillet 2026 au 30 juin 2028 inclusivement (deux ans).
  • Plafond global : un maximum de 15 700 demandes d’engagement, réparties en deux sous-catégories :
  • 13 300 demandes pour les époux, conjoints de fait ou partenaires conjugaux ;
  • 2 400 demandes pour les parents et grands-parents (et autres membres de la parenté admissibles).

Si le nombre maximal est atteint dans l’une des deux sous-catégories avant juin 2028, le MIFI cessera d’y recevoir de nouvelles demandes jusqu’à la fin de la période — un scénario que plusieurs observateurs jugent probable, étant donné ce qui s’est produit lors du cycle précédent.

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La grande nouveauté : un calendrier par ancienneté

Contrairement à la période 2024-2026, où les demandes étaient traitées strictement par ordre d’arrivée, le MIFI introduit cette fois un calendrier de réception échelonné, basé sur la date de la lettre d’admissibilité (ou de l’accusé de réception) délivrée par IRCC.

Concrètement, les dossiers les plus anciens seront traités en premier. Les personnes déclarées admissibles par IRCC avant le 31 juillet 2024 pourront transmettre leur demande dès le 2 juillet, jusqu’au 31 août 2026. Les autres devront attendre l’ouverture de leur propre tranche, selon un calendrier détaillé publié sur Québec.ca.

Une demande envoyée avant la période prévue par ce calendrier sera jugée irrecevable et retournée à l’expéditeur, sauf si elle fait partie des catégories exemptées.

Des exemptions maintenues

Certaines demandes échappent entièrement au plafond et au calendrier, et peuvent être déposées en tout temps durant la période :

  • Un enfant à charge de moins de 18 ans ;
  • Un enfant mineur à adopter ;
  • Un enfant mineur orphelin (frère, sœur, neveu, nièce, petit-fils ou petite-fille de la personne garante) ;
  • L’ajout d’un conjoint ou d’un enfant à un dossier déjà en traitement ou à un engagement déjà conclu.

Des règles administratives plus strictes

Le MIFI resserre aussi la procédure de dépôt :

  • Les demandes doivent être envoyées par la poste uniquement — il ne sera plus possible de les déposer en personne dans les bureaux du ministère ;
  • Une seule demande par enveloppe ;
  • Le dossier doit inclure tous les formulaires et documents requis, dont la lettre d’admissibilité (ou l’accusé de réception) d’IRCC.

Un accueil partagé

Du côté des groupes de défense, la réaction est mitigée. Marie-Gervaise Pilon, vice-présidente du collectif Québec Réunifié, dit avoir été « soulagée » par l’annonce, craignant qu’il n’y ait pas de réouverture du tout. Elle salue le principe de prioriser les dossiers les plus anciens, tout en reconnaissant que la nouvelle logique — remplaçant le premier arrivé, premier servi — a représenté un choc pour certains, qui pensaient pouvoir déposer leur demande dès la fin du gel.

Jean-Sébastien Gervais, porte-parole du même mouvement, appuie l’idée de prioriser l’ancienneté des dossiers, mais s’inquiète du sort réservé aux nouvelles demandes : plusieurs candidats devront attendre encore une année complète avant même de pouvoir soumettre leur dossier, avec le risque que les plafonds soient atteints avant qu’ils y parviennent.

Certaines avocates en immigration se montrent plus critiques, soulignant que les délais de traitement au Québec (environ 33 mois) demeurent nettement plus longs que dans le reste du Canada (environ 16 mois), et redoutant que ces nouveaux quotas allongent encore l’attente pour les couples séparés par la distance.

Pourquoi ces plafonds existent

Selon le MIFI, l’objectif de cette gestion des demandes est d’harmoniser le nombre de dossiers reçus dans la catégorie du regroupement familial avec les seuils d’immigration annuels planifiés par le Québec. Le gouvernement cherche ainsi à éviter un nouvel engorgement comme celui observé entre 2024 et 2025, tout en offrant davantage de prévisibilité aux familles en attente.

Reste que pour plusieurs couples et familles séparés depuis des années, la réouverture, bien qu’accueillie favorablement, ne garantit pas une résolution rapide : avec seulement 15 700 places pour deux ans et une demande qui dépasse largement ce nombre, une bonne partie des personnes en attente devra encore patienter — potentiellement jusqu’à un nouveau gel.

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